ÉTAGE 20: Auto-destruction

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Soyons honnête avec moi même, le processus enclenché par mon corps est un processus d’auto-destruction.

Admettons que j’eus décidé de laisser couler la vie sans traitement, rien n’aurait arrêté la prolifération des cellules malsaines, la tumeur se serait développée, aurait à ce jour atteint mes organes vitaux, et ciao.

Oui on écrit franchement les choses ici. Une piqûre de rappel pour faire de ta journée si difficilement commencée – à cause peut-être encore de cette satanée machine à laver qui avale les chaussettes (!) – un vrai problème de ton quotidien donc que je balaie d’un revers de post pour te rappeler d’enchanter ta journée. 😉

BORN TO BE ALIVE

Je suis née dans un cimetière.
L’entreprise familiale d’un siècle est une marbrerie, puis au fil des successions, une marbrerie plus axée funéraire, jusqu’à aujourd’hui où on parle d’inhumation, d’exhumation et de réduction… Je ne te parle pas des soldes là.
Ca va ? Respire… jusqu’ici tout va bien.

Petit, dans la cours de la maison, mon ballon de basket finissait 9 fois sur 10 sa course sur une stèle, un buste en bronze, une pierre tombale, une croix en bois avec une plaque portant un nom un prénom et deux dates, une barrière de cimetière rouillée, une vierge Marie plus grande que moi ; l’été, un lierre grimpant sortait par un trou de son crâne. Ce lierre une fois desséché par l’hiver, parcourait tout son corps semblable à des veines sclérosées.

Mes ami(e)s étaient tous surpris quand ils découvraient le passage qui menait jusqu’à chez moi: passer entre une série de tombes puis, une véritable traboule lyonnaise au départ de laquelle certains devaient baisser la tête, puis un “jardin cimetière” avec panier de basket, tout cela avant la porte d’entrée. Initiatique.
Ado, quand je rentrais de soirée, je me posais souvent fumer une dernière cigarette dans ce jardin funèbre que la lune envahissait pleinement, c’était calme et un peu flippant.

ROLLING STONES FAMILY

Mon père écrivait sur la pierre, il martelait à longueur de journée afin d’extraire du marbre des pleins et des déliés qui ornes encore et pour toujours des centaines de sépultures de Loyasse et d’ailleurs. Le geste mainte fois répété avait même fini par sculpter son corps lui-même, un amas de peau, une excroissance sur l’auriculaire gauche qui permettait de mieux tenir ses outils au final. Une amélioration naturelle, un cyborg augmenté par la répétition du geste.

Mon grand-père déplaçait des tonnes sur de simples rouleaux en bois, un égyptien des temps modernes, une force de la nature. Mais force ou pas, lever, glisser, poser de véritables milliers de kilos nécessite de faire fonctionner plus sa tête que ses muscles. Je l’ai vu ériger des chapelles, du bouchon à la clé de voûte, poser des kilomètres de dalles, mixer des litres de béton, se jeter un petit blanc sec à 9h pour d’après lui “aider le niveau à plomb à se tenir correctement droit”, à moins que, avec du recul…

J’ai vu mon père faire l’égyptien aussi, à des hauteurs inconcevables et des profondeurs inattendues. Avec des outils qu’il à toujours améliorés, pour faciliter son labeur, je l’ai vu manier des engins autant improbables que impressionnants. Un Géo TrouveTout ce père.
Je l’ai aussi vu jouer le plus délicatement avec des feuilles d’or pour en garnir ses gravures, si légères ces feuilles dans cet univers si massif. Un univers de poussière, d’odeurs de colle, de white spirit, de bruits cassants, de bruits coupants, de bruits taillants, des éclats, beaucoup d’éclats, des outils aux noms évocateurs: truelle, diable, feuille d’or, ciseaux, masse, gamate, massette, pront, coin, sableuse, polisseuse, disqueuse diamant… et un dialecte uniquement transmis à l’oral: « moule un peu», « gâche un sceau», « tire le joint », et surtout « ferme-la ».
Oui ca a été dure pour lui, le grand-père au boulot était tendre comme un bout de marbre qu’on retrouve sous la dent.

Il y avait cet atelier de découpage aussi et ce bruit si particulier du grand disque diamant qui attaquait les blocs de marbre sans sourciller. Cette poussière liquide blanchâtre qui ruisselle sur la chaussée, puis dans le caniveau.

Et il y avait surtout ce rythme, ces vibrations quotidiennes données par mon père tailleur, qui remontait jusque dans ma chambre.

Ma grand-mère et puis maintenant ma sœur-ma merveille ont essuyées plus de larmes que tous les confessionals de Fourvière réunis ; elles ont entendues plus de drames qu’il n’en faut dans 99 vies. L’empathie c’est pour les malades et les hôpitaux. L’accueil d’une famille en deuil ce n’est pas de l’empathie, c’est ailleurs que ça se passe, pas très loin, juste à côté. On est de l’autre côté de la barrière, là où on touche au divin, au véritable divin qui n’est ni juif, ni musulman, ni chrétien ni rien du tout, il est amour et compassion universel.
Où trouver les mots pour parler pierre tombale à une mère qui vient de perdre son bébé ?
Il n’y a pas de formation pour cela, seul un grand cœur pure peut y parvenir, avec un soupçon de douce folie pour évacuer le tout.
Et la connexion avec la nature, de retour chez soi, pour se recharger en énergies.

Ce magasin vieux d’un siècle fut, est et sera le passage de milliers d’âmes en peine, consolées le temps d’un instant par une écoute et la certitude d’un travail bien fait.
Il est rempli de vases ce magasin, de plaques, de lettres en bronze de type « À mon grand-père », de fleurs artificielles avec option « imitation de la rosée fraîche du matin » sur certaines tiges, d’échantillons de pierres, de marbres et de granits.
Et il y a cette porte, avec cette sonnette qui accueil et relâche.
C’est également la porte d’entrée du domicile familiale depuis des générations.
Le passage.
Je pourrais écrire des heures sur cet univers, onirique et bien réel, et je vais le faire. L’écriture est devenu une évidence, grâce à vous et à toi aussi. Oui toi.

PAS SAGE

Alors, vous savez maintenant que la mort fait particulièrement partie de ma vie.
J’ai du franchir la fameuse porte, le passage (“pas sage”) à mon 3ième jour, fraîchement débarqué de la maternité.
S’habitue-t-on à la mort pour autant ? Absolument pas.
Mais on comprend beaucoup de chose.

Notamment le fait qu’avec ces traitements, j’allonge chimiquement mon espérance de vie cellulaire.
J’étends le nombre de jour pour lequel mon corps était programmé.
Je repousse les limites de mon existence.
Sensation vraiment étrange, balancé entre la remise en cause de mon insignifiante petite vie, ma féroce volonté d’exister et ma place ici bas.

Je tente de contrer la mort ? Je m’emballe un peu dis comme cela.
Mais pourquoi cette auto-destruction ? C’est LA question.
Quand certain(e)s souhaitent y mettre fin, d’autre se battent pour la prolonger.
Dans les deux cas la conscience est au centre du processus, seul l’objectif diffère.

La reproduction sexuelle de l’être humain à cela de particulier qu’elle combine les deux ADN de sorte d’en tirer le meilleur de chacun, il se renforce et donne naissance à un “être augmenté”. La mixité renforce donc.
Tenter l’expérience de la reproduction en famille donne des cons sans dignité.
Les cellules malsaines quand à elles sont asexuées, elles se divisent et n’augmentent en rien leur potentiel. Seul leur nombre est dangereux.

Et pendant ce temps là je me dis qu’on était des millions à vouloir la pénétrer cette ovule et l’univers à basculer en ma faveur 9 mois avant ma naissance. Alors j’ai les moyens de rééquilibrer la balance.

Nous sommes une descendance, du verbe « descendre ». D’où descendons-nous ?!?
Descendre = des cendres. Comme quoi tout est écrit dans les mots que nous utilisons.

Je n’ai jamais eu peur de la mort, car j’ai compris il y à déjà bien longtemps que sans elle, je ne ressentirais pas les hirondelles voler de la même manière.

#jusquicitoutvabien #fuckcancer

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