ÉTAGE 21: État modifié de confiance

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Quand le mot CANCER entre dans ton conduit pour la première fois, tu sais de source sûre qu’un seul et unique autre mot pourra l’en déloger celui de RÉMISSION.
Tout le reste c’est de la littérature sur papier toilette parfum lavande.

À vrai dire je n’ai jamais rêvé de ce mot. Pour ne pas être déçu sûrement. Mais surtout pour garder le cap quoiqu’il arrive et continuer le combat. Je me vois venir !!! Je me connais… Est-ce que rechute est tout de suite le prochain mot ? Non. Définitivement. Il ne m’angoisse pas ce mot car j’ai compris. Et s’il me reste à comprendre des choses dans ce sens alors j’apprendrais.

Il est arrivé un jour particulier ce mot, un jour pas du tout anodin, un jour choisi que je n’ai pas choisi, un jour donc choisi pour moi.
Un jour symboliquement puissant aussi, celui du débarquement, du début de la libération de la France, de l’annonce de la fin d’un monde sous l’emprise d’un type de cancer qui ne servait vraiment Arien.
Le jour où des milliers d’âmes se sont échouées sur une belle plage de sable rouge vif avec pour conséquence la paisible vie que nous avons aujourd’hui. Alors je ne suis pas du tout patriote, je suis plus large d’esprit que les frontières invisibles des pays, et la guerre est pour moi l’apanage d’égo-centrés désaxés qui, avide de pouvoir en souhaitent toujours plus. Le mieux étant l’ennemi du bien, leurs ambitions ne valent pas grand chose.
Mais j’avoue qu’envahir ses propres terres d’origines pour récupérer son toit, et envahir mon propre corps pour récupérer mon moi me semble similaire.

Le cancer c’est symboliquement une déclaration de guerre intérieure, menée par un groupuscule armé jusqu’aux dents, prêt à en découdre avec tes cellules. Une dégénérescence d’un groupe d’individus isolé qui grossis à couvert, planqué, avec un plan d’attaque précis, une organisation d’élite et des moyens colossaux. Cette équipe se renforce entre elle, elle s’auto-multiplie, une épopée digne des plus grands romans de science-fiction.

Il ne faut pas croire que tout est arrivé d’un coup. L’équipe des cellules saines à contre-attaquée tenace des jours et des nuits durant, avant l’apparition officialisée par scanner. Toutes les équipes s’étaient mobilisées, me rapportant des signes évident de lutte que je prenais pour les symptômes d’une simple grippe.
Il parait qu’une tumeur se développe à un endroit stratégique de notre corps, là où le terrain est fertile pour son développement. Pas conne, elle sait reconnaître le terreau dont elle a besoin pour se développer. Le meilleur terrain est une faiblesse. Leur stratégie de guerre: l’attaque agressive. Développement en formation aléatoire et développement à tout prix.

Il leur à fallut s’adapter dans cet univers pour se frayer un chemin, s’accrocher et se nourrir. Se nourrir de mes tissus. Une adaptation naturelle assez bluffante à vrai dire. Elle n’est pas la bienvenue, elle arrive dans un univers hostile qui se bat tout entier contre elle, elle résiste et se faufile jusqu’à trouver le bon endroit, elle s’implante, agrippe les chairs, se fait expulser sans somation, elle se blottie dans un recoins, trouve une place, enfin, délimite ses frontières, patiente, ne fait pas de vague pour le moment, le temps de prendre des forces, se multiplier. Pour cela il faut chercher de la nourriture dans ce qui l’entoure. Une fois la taille critique atteinte elle plante ses griffes plus profond, avançant sous les charges à répétition d’un corps qui se défend sans répit. Sa stratégie est de conquérir tous les espaces affaiblis, pour cela il faut se déplacer et elle à trouvé le moyen de transport le plus rapide et fiable pour découvrir son hôte en quelques heure: le sang.
En tant que commandant des armées de la tumeur, Himmler, un pote de l’autre raté, aurait pas mieux ordonné: attaquer le système immunitaire de l’hôte. Un genou à terre nous auront plus de facilité à convaincre les cellules saines de passer du côté obscur de la force.
J’ai appris que j’avais un cancer le 18/02/2019, jour de l’anniversaire de ma sœur et de mon père. J’ai attaqué ma première chimiothérapie le 1/04/2019 telle une bonne blague. J’ai appris ma rémission le 06/06/2019 jour du débarquement.

Symbolique.

LA SÉRIE DES LOIS

Mais voilà! C’était sans compter sur les progrès de la médecine et la forte dose de fureur de vivre que j’ai en stock.
Je n’ai jamais caché mon indisposition totale aux traitements chimiothérapiques. En même temps qui serait disposé à croire en cette méthode aux allures illogiques ? Personne.
Mais force est de constater que sans eux, je n’appuierais peut-être pas sur ces touches en ce moment même.
Une bonne nouvelle n’arrive jamais seule.

Ce matin du 06 juin 2019 je me lève dans un état particulier, gentiment ivre de la veille, ivre du manque de sommeil, vous savez ces quelques heures piquées entre 4h30 et 7h30… ce qui pour un cancéreux équivaut à 2 nuits blanche mais, qu’est ce qu’on s’en fou.
Dans cette expérience d’une manière générale, j’ai appris beaucoup et je vais continuer à tout jamais et parmi toutes les choses apprises j’ai compris la différence entre la forme et la vitalité.
Je me suis levé avec une vitalité à toute épreuve. Cette vitalité que vous pouvez avoir le premier jour du reste de votre vie. Vous voyez pas ? Je ne vous en veux pas.
Pour être plus clair, plongeons nous dans un exemple pris complètement PAS par hasard: une rencontre. Une première soirée, c’était la seconde, ces premiers regards, ces premiers affleurements, ces premiers sourires, ces premières phéromones échangés, puis ce premier baiser.
C’est plus clair comme ça ?
Le lendemain rien ne peut plus vous arrêter.
Je me suis rendu à Lyon Sud sur un tapis volant avec Jump Around (House of Pain) en bon gros son sonore et ma Merveille qui conduit la tête secouée en rythme d’avant en arrière, limite le coude sur la fenêtre. C’est poulpement bon.
Le monde nous appartient.
Pour la première fois ma chambre est prête. On m’indique l’heure à laquelle on va m’opérer pour désimplanter le PAC et m’insérer la nouvelle solution, un “PickLine” soit un cathéter qui relie une artère principale proche du cœur et le haut de mon bras grâce à 40 bon centimètres de tubulure plastique. Indigeste mais efficace.
Prêt à me balader 4 mois avec un tuyau qui me sors du corps, en plein été, comprenant soins quotidiens et risques d’infection en effet secondaire classique ; et les effets secondaires classiques je ne sais pas ce que j’ai avec eux mais j’ai la bonne idée de les tester à peu près tous depuis le départ. Chacun sa mission.

Je me douche à la Bétadine, enfile ma chemisette de bloc en attendant le transfert et, par un appel du service opératoire justement, une demande est faite de tester à nouveau le PAC installé, sur le fameux argument indiscutable bien connu du monde entier celui du « sait on jamais ». Je l’adore celui la.
Il s’agit de repiquer le PAC et pendant cette action je me dois d’avoir la tête tournée à l’opposé pour ne pas m’infecter plus que je ne le suis.
Me voilà donc toute gorge déployée sur la gauche à admirer par la fenêtre ce beau ciel bleu. Et voilà ce qu’il se passa.
Concentration. Inspirations profondes. Expirations. Recherche du fond de soi. Élévation pour connexion. Connexion établie. Mise en route du ciblage cellulaire. Zone déterminée. Entrer en communication. Liaison admise. Remercier pour le travail déjà accomplie. Demander la réactivation de la zone qui pose problème. Laisser entrer toute l’énergie et l’amour de mes nombreux soutiens. Récupération du pack d’amour resté accumulé quelque part dans le cosmos, je pense à vous toutes et tous, aux miens et tout ne fait qu’Un. Fermer les yeux et « respérer ».

Anaïs l’infirmière dit: «bon bah désolé M. Genevois… je vous ai fais prendre une douche à la bétadine pour rien car votre pack est débouché »
Anaïs dit aussi: « peux tu demander l’annulation de Monsieur Genevois au bloc ? on à un bon reflux »

À l’écoute de cette bonne nouvelle quasi inespérée je souris intérieurement, apaisé, je me demande à quel niveau mon auto-hypnose transcendantale à agi sur ce résultat, je souris encore un peu avant d’ouvrir les yeux à nouveau sur ce ciel encore plus bleu.
Merci. Fin de la connexion avec moi même. Je rends l’antenne, à vous les studios.

Et là on enchaîne, l’interne à la voix douce rentre tout sourire, une aura débordante de bonnes nouvelles et elle m’expulse en plein cœur la bonne nouvelle : RÉMISSION.
Je ne l’avais pas vu venir celle là, elle m’a laissée sans voix, comme si mes conduis avaient compris depuis le 18/02 qu’il faille contrôler chaque entrée avec précision pour ne pas se retrouver désemparé.
Rémission. Le second PETSCAN affiche de très bon résultat, tous le feux sont au vert. Rémission. On peu continuer le traitement prévu dans de bonnes conditions. Rémission. Je ne réalise toujours pas.
Dans le protocole donc, il reste 2 hospitalisations de +/- 5 jours suivi de 4 journées complètes de chimiothérapie puis une cure de chimio à domicile en sous-cutané, le tout toujours espacé de 15 jours. C’est pas terminé.
Les effets secondaires seront moindres et différents.
Elle repars avec son sourire mais m’en à laissé un bout au passage.

À ce moment je suis soulagé, mais je réalise pas, je suis tout seul dans ma chambre et j’écoute mon corps, sensations, battements, quel organe réagis, je me lève, tourne un peu en rond, excité, ma sœur va franchir cette porte d’un instant à l’autre mon café à la main et je vais lui… tiens là voilà, je me tourne rapidement, dos à la porte, mes larmes montent sévère, je me retourne, elle s’assoie sur le lit, atterrée, à ce moment là elle ne sait pas, elle ne comprend pas, bonne ou mauvaise nouvelle ? elle cherche à savoir mais mes yeux tremble, je n’arrive pas à sortir un mot, en voyant ses lèvres virer au gris j’arrive à extraire de mon œsophage le mot RÉMISSION. Explosion de pleur de joie de rire de tout ce que tu veux je ne sais plus mais explosion d’amour.

Après rémission il existe un mot caché: RÉMISSION COMPLÈTE. Voilà le prochain objectif.

Et le ciel m’offre un signe de renaissance.

#jusquicitoutvabien #fuckcancer #lymphome #jevousaimeputain

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